Scandale de sécurité publique à Saint-Maur : 16 ans d'omerta autour du site AXEREAL

À Saint-Maur, les habitants, les écoliers et les agents de la pénitentiaire sont-ils en sécurité ? Derrière le grillage du site de stockage d’engrais de Bel-Air, les 5 000 tonnes de nitrates d’ammonium sont toujours là, protégées par un Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT) obsolète et hors-la-loi. Alors que la coopérative agricole et les services de la préfecture ont tout tenté pour étouffer l'affaire suite à nos révélations de l'automne dernier, un avis officiel de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) nous a permis d'accéder à des documents d'une importance capitale et de faire ainsi sauter le verrou du secret.


Un danger très « explosif »

Le site de la coopérative agricole AXEREAL stocke une quantité colossale d'ammonitrates à haut dosage (plus de 28 % d’azote), des engrais hautement explosifs. Atteignant le plafond impressionnant des 5 000 tonnes, cette infrastructure est classée « Seveso Seuil Haut », la catégorie industrielle la plus surveillée d'Europe. À titre de comparaison, la catastrophe de l'usine AZF à Toulouse en 2001 impliquait un stock dix fois inférieur. En octobre dernier, nous avions dénoncé la situation dans nos colonnes. Aujourd'hui, nous sommes en mesure de révéler que cette situation est due à une carence des obligations réglementaires inédite, que les autorités et l'industriel ont tenté de dissimuler.


Une étude des dangers « congelée » en mai 2010

Le PPRT de Saint-Maur, qui dicte les règles d’urbanisme et les mesures de protection des riverains, s'appuie intégralement sur une Étude des Dangers (EDD) datée de mai 2010. Or, le Code de l'environnement est formel : pour un site Seveso Seuil Haut, cette étude technique doit obligatoirement être réexaminée et mise à jour tous les 5 ans par l'exploitant, sous le contrôle de l'État. En clair, le document actuel aurait dû être révisé en 2015, en 2020, puis à nouveau en 2025. Aujourd'hui, en 2026, l'évaluation des risques de ce site accuse un retard inadmissible de plus de dix ans.


Les risques d'explosion habilement écartés

Plus grave encore que ce retard calendaire, c'est le contenu même de cette étude qui interpelle. En mai 2010, la réglementation française permettait encore aux industriels d'écarter le scénario d'une « détonation en masse » de leurs stocks de nitrates d’ammonium s’ils démontraient l'efficacité de leurs mesures de prévention internes. AXEREAL s'est engouffrée dans cette brèche : l'étude a donc été validée sur la base d'un risque d'explosion « minimisé ». Manque de vigilance ou calcul temporel opportuniste ? Un mois plus tard à peine, en juin 2010, le ministère de l'Écologie publiait une circulaire historique interdisant formellement d’exclure la détonation en masse des ammonitrates, après la prise de conscience des effets dévastateurs de ce produit. Depuis 16 ans, le PPRT de Saint-Maur est donc basé sur une doctrine interdite. Les véritables distances d'effets d’une onde de choc n'ont jamais été recalculées.


Écoles et maisons en première ligne

Si les calculs étaient refaits aujourd'hui selon les normes légales, les zones de danger (les fameux rayons d'effets de surpression) s'étendraient sur plusieurs kilomètres... Dans ce périmètre se trouvent des habitations, des écoles maternelle et primaire, mais aussi la maison centrale de Saint-Maur. Une telle structure pénitentiaire pose un défi logistique et humain critique : en cas d'alerte technologique majeure, le confinement ou l'évacuation en urgence de centaines de détenus et du personnel ne s'improvise pas sur un plan périmé. De la même manière, les vitrages des écoles de la commune ont-ils été renforcés contre le souffle d'une explosion ? Non, puisque le risque officiel a été minimisé en mai 2010.


La préfecture doit réagir

Aujourd'hui, les preuves matérielles sont sur la table, rendant caduques les menaces de poursuites pour diffamation d'AXEREAL contre notre journal : le PPRT de Saint-Maur est bel et bien périmé, illégal et déconnecté de la réalité du risque. Face aux 5 000 tonnes d'ammonitrates qui surplombent des classes d'enfants, un établissement pénitentiaire et tout un bourg, la balle est désormais dans le camp du préfet de l'Indre et de la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement), qui ne peuvent plus feindre l'ignorance. La révision intégrale du PPRT et la mise en demeure d'AXEREAL sont désormais d'une urgence absolue.

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