Argenton-sur-Creuse : Pourquoi le LR Nicolas Forissier a-t-il fait battre la droite au profit de la gauche ?


Les élections municipales à Argenton-sur-Creuse ont été féroces cette année. Intimidations, coups bas et trahisons étaient au rendez-vous pour un enjeu exceptionnel : le maintien au pouvoir de la coalition socialo-écolo-communiste de Vincent Millan, alors que les Argentonnais penchent majoritairement à droite. Certains ont vu, dans la division incompréhensible de la droite en deux listes distinctes, la main du « Baron Noir » de la seconde circonscription de l'Indre : l'insubmersible Nicolas Forissier.


Une ville qui penche à droite, gérée par une gauche plurielle

Bastion du clan Sapin, la ville d'Argenton-sur-Creuse est gérée par la gauche depuis plus de 30 ans. Cependant, depuis les élections européennes puis législatives de 2024, les observateurs politiques avaient constaté une forte poussée du vote patriote, amenant la ville à pencher à droite à plus de 60 %. Pourtant, en mars dernier, c'est le socialiste et beau-frère de Michel Sapin, Vincent Millan, qui a été réélu maire avec une liste d'union de la gauche composée de militants socialistes, écologistes et communistes.

L'ancien zemmouriste Jean-Baptiste Bouret a refusé de fusionner sa liste avec celle de l'union des droites menée par le médiatique avocat Pierre Gentillet. La droite, bien que majoritaire en voix, a dû s'incliner face à une gauche unie et soutenue implicitement par la toute-puissante Nouvelle République.


Une liste d'union des droites qui avait tout pour réussir

Pourtant, la liste menée par Pierre Gentillet avait tout pour réussir. Portée au départ par un petit groupe d'Argentonnais lassés par la gestion clientéliste et calamiteuse de la commune, elle avait fait naître rapidement un véritable espoir de changement au-delà de la droite patriote. Les réunions publiques se sont enchaînées avec ferveur et les derniers meetings affichaient des participations records, avec plus de 200 personnes — ce qui n'est pas rien pour une commune d'à peine 4 800 habitants.

L'engouement suscité avait permis de recruter des colistiers venus de toutes les familles de la droite, aux profils variés et aux compétences de qualité. Cerise sur le gâteau, l'avocat parisien originaire d'Argenton, Pierre Gentillet, acceptait de prendre la tête de liste. Bien ancrée localement avec une tête d'affiche connue au niveau national pour ses interventions sur CNews ou Sud Radio, la liste « Retrouvons Argenton » avait l'opportunité de renverser la table.


Une liste dissidente pour diviser la droite

Mais tout cela était sans compter sur l'ego d'un ancien militant de Reconquête en mal de reconnaissance et sur le machiavélisme froid du ministre au Commerce extérieur d'Emmanuel Macron. Au départ, en 2025, Jean-Baptiste Bouret devait naturellement intégrer la liste d'union des droites qui était en gestation. L'union de toutes les familles de droite est l'ADN même du parti d'Éric Zemmour, dont Monsieur Bouret était le responsable local.

En toute logique, celui-ci se rapprocha de la liste d'union en formation. Mais très vite, voyant qu'il ne pourrait pas en prendre la tête, le prétentieux décida de monter une liste dissidente et de diviser les voix de droite.


La stratégie de la « terre brûlée »

Le problème du présomptueux Monsieur Bouret, c'est qu'il n'avait pas le nombre suffisant de colistiers pour se présenter. Vingt-sept candidats, cela ne se trouve pas « sous le sabot d'un cheval », comme on dit dans le Berry.

C'est alors qu'entra en scène le patron départemental d'alors du parti Les Républicains : Nicolas Forissier. Celui-ci avait constaté la présence de plusieurs de ses adhérents sur la liste d'union des droites. Il en prit ombrage. Pour conserver son autorité sur ses troupes, il appliqua sans état d'âme la stratégie dite de la « terre brûlée » : mieux vaut perdre une élection et conserver son magistère que gagner et laisser émerger une autre personnalité de droite.

La tactique n'est pas noble, mais elle est bougrement efficace. Nicolas « Baron Noir » Forissier ordonna à son obligée Alix Fruchon d'intégrer et de garnir la famélique liste Bouret.

Sur la ligne de départ, en mars dernier à Argenton, il y avait donc trois listes : celle de l'union de la gauche, celle de l'union de la droite et celle du tandem Bouret-Fruchon. Résultat : 47,5 % pour la première, 39,2 % pour la deuxième et 13,3 % pour la troisième. La gauche, pourtant minoritaire, a gagné grâce au Machiavel de La Châtre.


Le clan Sapin en sursis

Vincent Millan et son entourage ont eu le triomphe modeste. Ils savent pertinemment qu'ils sont désormais minoritaires dans la ville. Certes, ils vont continuer à verrouiller la vie communale pour rester le plus longtemps possible aux manettes, mais aujourd'hui, Clément Sapin n'est plus du tout assuré d'hériter de la municipalité de son tonton comme cela était prévu. Le socialisme municipal vit incontestablement ses dernières années.

Commentaires