À quelques encablures de Châteauroux, le domaine de Touvent abrite un trésor architectural en péril. La chapelle Notre-Dame de Touvent, bijou néo-roman édifié au XIXe siècle, se dégrade inéluctablement dans l'indifférence la plus totale. Un constat d'abandon qui interroge directement la responsabilité du président du conseil départemental de l’Indre, Marc Fleuret, alors même que la collectivité est propriétaire des lieux.
Ancienne villégiature de la famille Bertrand, le domaine de Touvent est un lieu profondément chargé d'histoire locale et nationale. C'est ici que s'établirent Hortense Thayer-Bertrand — fille du général Bertrand, fidèle compagnon et dernier confident de Napoléon à Sainte-Hélène — et son époux, le sénateur Amédée Thayer. En souvenir de leurs enfants disparus en bas âge, le couple fait édifier par l'architecte Aymar Verdier cette chapelle de style néo-roman, bénie en 1857.
Véritable sanctuaire marial voulu comme la succursale berrichonne de Notre-Dame des Victoires, l'édifice abrite un riche décor de peintures murales imitant des mosaïques à fond d'or, des verrières remarquables, ainsi qu'une statue en marbre blanc de Notre-Dame de Touvent sculptée par Jules Blanchard, dont les couronnes avaient même été bénies et placées par le pape Pie IX en 1866. C'est dans ce cadre hautement symbolique que reposent aujourd'hui Hortense Thayer, son mari et ses enfants.
Pourtant, cette splendeur architecturale, inscrite aux Monuments historiques depuis 2014, n’est plus que l’ombre d’elle-même. « La chapelle est aujourd'hui à l'abandon et se dégrade inéluctablement », déplorait déjà en 2023 l'historien Lucien Lacour.
La responsabilité de Marc Fleuret
Comment expliquer un tel désintérêt ? La question est d'autant plus brûlante que le propriétaire des lieux n'est autre que le Département de l'Indre. En tant qu'autorité responsable, le Conseil départemental porte, par sa passivité, une responsabilité directe dans l’effacement progressif de ce témoin du passé impérial indrien.
L'EPD Blanche-de-Fontarce, qui occupe le domaine de Touvent pour ses activités sociales, ne peut à lui seul porter le fardeau de la conservation d'un tel édifice. C’est bien au niveau de l'exécutif départemental que doivent se prendre les décisions de mise en valeur et de restauration.
Rendre enfin ce trésor aux Berrichons
Plus qu'un simple sauvetage matériel, la restauration de cette chapelle s'impose comme un impératif absolu pour briser son isolement actuel. Actuellement dissimulé et inaccessible derrière les grilles d'un domaine fermé au grand public, ce chef-d'œuvre doit impérativement renaître pour être enfin restitué aux Berrichons et aux passionnés d'histoire.
Il en va de notre devoir collectif de transformer ce sanctuaire abandonné en un lieu vivant, accessible à tous, afin que chacun puisse enfin franchir ses portes et s'approprier ce pan vibrant de notre mémoire locale.
Jusqu'à quand l'indifférence ?
Laisser sombrer un petit joyau architectural comme la chapelle Notre-Dame de Touvent est une lourde faute politique. Le président Marc Fleuret ne peut plus faire la sourde oreille aux défenseurs des édifices historiques et devrait – au moins en matière de patrimoine local – s'inspirer de son ami et collègue le président Gil Avérous.
Pour relever le défi financier qu'impose une telle restauration, le Département de l'Indre pourrait tout naturellement se tourner vers Châteauroux Métropole pour l'épauler. Chacun sait que Gil Avérous a un petit faible pour la geste napoléonienne. Sauver les vestiges authentiques de la famille Bertrand ne peut pas lui déplaire.
Les habitants de l'Indre et les amoureux de l'histoire attendent de voir si la sauvegarde de notre héritage culturel est une priorité partagée ou une ligne sacrifiable sur l’autel de l'oubli.

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