Le constat est saisissant : lors des dernières élections municipales, 164 des 241 communes de l'Indre n'ont présenté qu'une seule liste. Autrement dit, dans près de 70 % des communes, les électeurs n'avaient aucun choix à faire. Ce scandale démocratique, qui dépasse largement les frontières de notre département, ne semble pas émouvoir outre mesure nos dirigeants politiques ni les médias dominants. Pourtant, il sape les fondements mêmes de notre République.
Quand la légalité masque l'absence de démocratie
Bien sûr, personne ne conteste la légalité de ces scrutins. Les
règles ont été respectées. Mais peut-on encore parler de
démocratie lorsqu'une élection se résume à plébisciter une liste
unique ?
La démocratie ne consiste pas seulement à déposer un
bulletin dans une urne. Elle suppose la confrontation de projets, un
débat contradictoire et la possibilité d'une alternance. Or, dans
une majorité de communes indriennes, cette dimension essentielle a
tout simplement disparu.
Cette situation révèle une crise
silencieuse mais profonde de la démocratie locale. Dans de
nombreuses communes, constituer une liste municipale est devenu si
difficile avec les différentes réformes du code électorale que les
équipes en place se retrouvent sans opposition, et parfois même
sans campagne électorale. Les électeurs sont alors réduits au rôle
de spectateurs d'une élection dont l'issue est connue d'avance.
Le
phénomène est d'autant plus préoccupant qu'il tend à banaliser
l'absence de choix. Un système où l'on vote sans pouvoir choisir se
rapproche dangereusement, sans le dire, d'un régime autoritaire.
La responsabilité de Nicolas Forissier
Dans l'Indre, la dernière réforme restrictive porte un nom et un vote : celui de Nicolas Forissier. Son compère François Jolivet a courageusement « oublié » de participer au scrutin. Le député de la deuxième circonscription a voté pour la loi n° 2025-444 du 21 mai 2025, qui a imposé aux communes de moins de 1 000 habitants le scrutin de liste paritaire et supprimé le panachage.
Il ne peut donc aujourd'hui feindre de découvrir les conséquences concrètes de cette réforme : en exigeant des candidats qu'ils se regroupent en listes paritaires et en supprimant la liberté dont disposaient auparavant les électeurs de composer leur bulletin, le législateur a considérablement rigidifié l'accès au scrutin dans les petites communes. Or le résultat est là, sous nos yeux : dans 164 communes sur 241, les électeurs n'ont ainsi eu aucun choix.
On peut certes invoquer la parité, l'harmonisation ou la « vitalité démocratique » pour justifier cette réforme — c'est précisément son intitulé — mais lorsqu'une réforme présentée comme un progrès démocratique aboutit, sur le terrain, à réduire l'offre électorale et à multiplier les scrutins sans véritable choix, il est légitime d'en demander des comptes à ceux qui l'ont votée.
Trop de conseillers municipaux
La cause principale de cette situation réside dans l'obsolescence
de notre organisation communale, qui impose des conseils municipaux
pléthoriques. Notre modèle, hérité du XIXe siècle, n'est plus
adapté à notre époque. Si, autrefois, un conseil municipal
nombreux garantissait la représentativité de la population, ce
n'est aujourd'hui plus le cas. À l'ère des applications et des
réseaux sociaux, les boucles WhatsApp et les groupes Facebook
expriment bien plus directement les aspirations des citoyens que des
conseillers municipaux alignés sur la politique du maire.
Dans
bien des cas, les têtes de liste passent plus de temps à convaincre
leurs voisins de figurer sur leur liste qu'à défendre un véritable
projet pour la commune. L'enjeu n'est plus de formuler des
propositions pour séduire les électeurs, mais simplement de trouver
suffisamment de colistiers pour pouvoir se présenter. Le nombre
excessif de conseillers exigés et l'obligation de présenter des
listes complètes ont mécaniquement réduit le vivier de candidats
potentiels, conduisant à la multiplication des listes uniques.
S'inspirer du modèle espagnol
En Espagne, une commune de 500 habitants fonctionne avec 7
conseillers municipaux, contre 15 en France. Pour 1 500 habitants,
ils sont 9 contre 19 chez nous. Et pour 3 500 habitants, 11 contre
27. Depuis 1985, les communes espagnoles s'appuient sur des conseils
municipaux restreints, et rien n'indique que ceux-ci soient moins
représentatifs que les nôtres.
Transposer ce modèle en France
permettrait de multiplier les listes en compétition et donnerait,
sans aucun doute, un nouveau souffle démocratique à nos campagnes.
Redonner aux électeurs le pouvoir de choisir
Réduire la taille des conseils municipaux ne résoudrait pas tous
les problèmes de la démocratie locale. Mais une telle réforme
permettrait au moins de réintroduire ce qui manque aujourd'hui dans
trop de communes : un véritable choix et une opposition au sein du
conseil.
Car on l'oublie trop souvent, mais une liste unique
implique que le maire et ses colistiers vont régner pendant six ans
sans partage et, surtout, sans contrôle démocratique, puisqu'ils
occuperont la totalité des sièges. Quand on sait que beaucoup de
conseillers municipaux se comportent en véritables « godillots »,
validant sans broncher toutes les propositions du maire, la notion
même de démocratie locale s'évapore.
Espérons que dans le grand big bang politique qui s'annonce pour 2027, l'avenir démocratique de nos communes rurales ne soit ni oublié ni occulté.


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