Ce 23 juin 2025, sur la zone marchande de Cap Sud de Saint-Maur, la grande enseigne de vêtements Kiabi grouillait de monde en ce début d’après-midi.
Deux jeunes femmes franchirent les portes automatiques, un imposant landau devant elles, l’air détaché, presque trop. Elles parlaient fort avec un accent et un vocabulaire trahissant leur appartenance à la communauté des gens du voyage. Mais au moment précis où elles passèrent sous le portique de sécurité, un bip strident fendit l’air. Le son était net, indiscutable : le détecteur s’était déclenché.
Les deux femmes ne ralentirent pas. Elles poursuivirent leur route, tête haute, comme si de rien n’était.
Une responsable du magasin, oreillette sur l'oreille, sortit alors d’un pas rapide. Elle les interpella poliment :
— Mesdames, excusez-moi, pourriez-vous revenir un instant pour une vérification de vos achats ?
Les jeunes femmes se retournèrent, visiblement surprises, et l’une répondit d’un ton pressé :
— Désolées, on n’a pas le temps. On est pressées.
Mais la responsable ne céda pas. D’une voix plus ferme, elle insista :
— Mesdames, veuillez revenir pour une vérification. C’est la procédure.
C'est alors que l’une des femmes sortit de sous le landau un déguisement d’enfant aux couleurs très criardes.
— C’est sûrement ça ! On l’a acheté dans un autre magasin. Chez King Jouet. Ça doit être ça qui a déclenché votre alarme.
La responsable fronça les sourcils. Elle connaissait trop bien ce genre de manœuvre.
— Ce ne sera pas long. Je dois vérifier les articles, je vous remercie de coopérer.
Mais cette fois, les deux femmes élevèrent la voix. Elles se mirent à marcher plus vite en s’éloignant, criant pour que tout le monde les entende :
— On n’est pas des voleurs ! On n’est pas des voleurs !
Quelques passants s’arrêtèrent, interloqués. Une tension palpable s’installait.
La responsable tenta encore :
— Mesdames, s’il vous plaît…
Mais elle se ravisa en soupirant. Le ton était monté, les clientes devenaient hostiles. Elle murmura presque pour elle-même :
— Bon… je ne vais pas prendre le risque de me faire agresser...
Et elle fit demi-tour, regagnant le magasin sous les regards inquiets de ses collègues.
Deux d'entre elles, postées à la porte du magasin, avaient gardé les yeux sur les deux femmes au landau. Elles les virent faire un large détour à travers le parking, regardant souvent derrière elles, comme pour brouiller les pistes. Puis, soudain, elles coururent en direction d’une voiture bleue, moteur allumé, où un homme les attendait.
Les portières claquèrent. Le véhicule démarra en trombe, faisant crisser les pneus sur le bitume.
Les employées tentèrent de distinguer la plaque d’immatriculation, mais déjà la voiture avait disparu au coin de l’avenue.
Interrogée par des passants, la responsable avoua sa lassitude face à ces larcins malheureusement quotidiens.
Il n'y a pas eu de dépôt de plainte.
Ce vol, pourtant bien réel, ne sera pas comptabilisé dans les statistiques du Ministère de l'Intérieur.
Il n'y aura pas une ligne dans la Nouvelle République pour relater la détresse des employés face aux « incivilités » que certaines personnes leur font subir.
Nos politiciens et nos sociologues continueront de dire que la délinquance diminue.
Les pillards continueront de piller.
Les honnêtes gens continueront de baisser la tête de peur de s'attirer des ennuis.
Ainsi va la vie dans notre Berry, jadis si tranquille...

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