Notre-Dame des Bancs, protectrice d'Argenton-sur-Creuse


Depuis 1899, la majestueuse « Bonne-Dame » aux reflets d'or étend son bras protecteur sur la ville d'Argenton-sur-Creuse, pour la plus grande fierté de ses habitants. Au fil des ans, elle a conquis les cœurs et est devenue l'emblème par excellence de la petite « Venise du Berry », au grand dam de certains esprits chagrins...


Un lieu de culte très ancien

L'actuelle chapelle de Notre-Dame des Bancs, promontoire de l'édifice sculptural, date de 1898, mais la légende veut que saint Ursin lui-même soit venu prier à cet endroit au IIIᵉ siècle de notre ère. Le premier document écrit attestant l'existence d'une chapelle en ce lieu date de 1458. À cette époque, il s'agissait d'une simple chapelle privée des seigneurs de Chauvigny, dans l'enceinte du château médiéval d'Argenton. D'après l'historien berrichon Mgr Jean Villepelet, le vocable « Notre-Dame des Bancs » provient « des assises de pierre qui soutiennent sa chapelle et permettent d'y accéder par des pentes adoucies d'un chemin en lacets. Au XVIᵉ siècle, on appelait bancs des murailles traversantes à pierre sèche construites au flanc des montagnes ».


Le miracle de 1632

En 1632, notre Berry, comme une très large partie de la France, est ravagé par une épidémie de peste. Les Argentonnais décident alors de se placer sous la protection de la Vierge Marie pour échapper à ce mal affreux. Ils sortent la petite statue de calcaire dur de la Vierge à l'Enfant présente à l'intérieur de la chapelle de Notre-Dame des Bancs et l'emmènent en procession à travers les rues de la ville, avec moult chants et prières.

Le miracle opère : la ville est épargnée du fléau mortel. Les Argentonnais forment alors le vœu solennel d'organiser chaque 21 novembre une procession en l'honneur de celle qui les a sauvés. C'est à cette occasion qu'elle acquiert l'appellation de « Bonne-Dame » d'Argenton.

La petite statue miraculeuse a bien failli disparaître à la Révolution française, lorsqu'elle a été jetée dans la Creuse par quelques fanatiques antichrétiens. Mais une jeune femme, Mademoiselle Delagrave, l’a repêchée au péril de sa vie pour la cacher chez elle. Elle fut remise dans la chapelle en 1802.


L'abbé Moulin, un curé apprécié et dynamique

La configuration et l'aspect actuels des lieux sont dus à un curé de choc de la fin du XIXᵉ siècle, l'abbé Clovis Moulin. À peine arrivé en 1896, il constate avec surprise que les Argentonnais portent une grande vénération à leur « Bonne-Dame » malgré l'état de délabrement avancé de la petite chapelle de Notre-Dame des Bancs. Aussitôt, il remue ciel et terre pour rebâtir une nouvelle chapelle digne de la « Bonne-Dame ». Grâce à l'appui de la municipalité et aux dons de la population, la première pierre est posée et bénie le 2 juin 1898 par Monseigneur Servonnet, archevêque de Bourges, en présence d'une foule nombreuse. L'architecte argentonnais Alfred Trolliet dirige les travaux. Mais pour honorer dignement la Bonne-Dame et remplir de fierté les habitants d'Argenton-sur-Creuse, l’abbé Moulin voit grand. Très grand. Il décide de placer une statue colossale sur la nouvelle chapelle pour symboliser la protection de la Vierge Marie sur la cité.


Une merveille de 7 mètres de haut

Un an plus tard, la nouvelle chapelle est achevée. Une immense statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus arrive de Paris par la gare d'Argenton. Elle mesure 7 mètres de haut et pèse 6 tonnes. Il ne faut pas moins d'une douzaine de bœufs et autant de chevaux pour la hisser sur le coteau et la placer sur son piédestal. Elle provient des ateliers de la Société française d'Ornements, spécialiste nationale des ouvrages d'envergure en « zinc, cuivre, tôle et plomb ». Cette statue est en cuivre rouge doré à l'or fin 23,5 carats, mais sa structure est en fer, comme la Statue de la Liberté.

À titre de curiosité, la presse de l'époque relevait que « le bras de la Vierge, étendu au-dessus de la ville, a 1 mètre 80 de longueur, la main 0 mètre 60 ; la boule qui supporte la statue a 0 mètre 90 de hauteur ; l'Enfant Jésus, 2 mètres ; du cou de la Vierge au sommet du diadème, 1 mètre 10 ». L'impressionnante statue aurait été acquise pour la non moins impressionnante somme de 10 000 francs de l'époque, soit l’équivalent de 4,5 millions d’euros actuels.

Dans une ambiance de liesse populaire, le 2 juillet 1899, la pieuse statue est inaugurée en grande pompe par le clergé diocésain — on dénombre 200 prêtres — et les autorités administratives locales. Quinze mille personnes assistent aux festivités dans une cité entièrement pavoisée en bleu et blanc, les couleurs symboliques de la Vierge Marie. Des coups de canon sont tirés. Les cloches des églises d'Argenton, mais aussi de Saint-Marcel, du Pêchereau et du Menou, sonnent à toutes volées aux acclamations de la foule.

L'archevêque de Bourges qualifiera l'ensemble architectural de « petit Fourvière du Berry », en référence à la célèbre basilique lyonnaise.


Un modèle d'origine pictavienne

Fait étrangement peu connu : la statue de la Bonne-Dame d'Argenton est la copie conforme de Notre-Dame des Dunes qui, elle, étend son bras protecteur sur la bonne ville de Poitiers. En effet, si la statue argentonnaise a bien été réalisée par une société parisienne, le modèle original, lui, est pictavien. La statue de Notre-Dame des Dunes est également une œuvre monumentale, située sur les hauteurs de Poitiers depuis 1876. Elle est l'œuvre d'Amédée Charron, sculpteur et directeur des Ateliers Saint-Hilaire, à l'initiative du très combatif cardinal Pie, évêque de Poitiers de 1849 à 1880.


Un symbole trop catholique ?

Notre époque est malheureusement rongée par la haine de notre passé, de notre civilisation française. Certains veulent « déconstruire » ce que nous sommes. Aussi, il suffit d'aller sur le site internet de la municipalité d'Argenton-sur-Creuse pour constater que cette idéologie mortifère est à l'œuvre, et que la Bonne-Dame en fait les frais. Alors qu'elle est le symbole par excellence de la ville, on n'y trouve aucune image, aucune photographie d'elle. Elle est totalement invisibilisée.

L'année dernière, l'équipe municipale socialo-écolo-communiste s'est offert un « nouveau logo » pour la ville. Sur ce logo, la Bonne-Dame a disparu, au profit d'un petit losange jaune et insipide. Pathétique...

Commentaires