Quatre-vingts ans après les faits, un grand tabou subsiste autour de l'histoire de la Résistance dans l'Indre : les crimes de guerre commis par certains résistants. Dissimulés sous les termes équivoques de « justice patriotique » ou d'« épuration sauvage », les kidnappings, les séquestrations, les actes de torture et les assassinats perpétrés par des FFI indignes sont rarement évoqués par nos historiens locaux.
Pourtant, si nous voulons honorer dignement la mémoire de nos combattants FFI, nous devons affronter notre histoire avec lucidité et distinguer les véritables héros de la Résistance des criminels de guerre qui ont exploité les circonstances pour assouvir leur haine idéologique.
Crimes de guerre
Un crime de guerre est une violation grave des lois de la guerre, commise par un individu lors d'un conflit armé. Il s'agit d'atteintes délibérées aux droits des civils, des prisonniers ou des combattants blessés, telles que le meurtre, la torture, le pillage, le viol ou tout autre traitement inhumain. De tels actes engagent la responsabilité pénale individuelle de leurs auteurs, qui peuvent être jugés par des juridictions nationales ou internationales.
Le fait que certains soldats allemands ou collaborateurs français se soient rendus coupables de tels crimes n'autorisait en rien les résistants à en commettre à leur tour. En 1944, les lois de la guerre étaient encadrées par la Convention de Genève de 1929.
L'Affaire Albert Chichery
Albert Chichery était un riche industriel du Blanc, député radical-socialiste de l'Indre et franc-maçon notoire. Comme tous les parlementaires de l'Indre, il avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en 1940. Il fut même très brièvement son ministre, d'abord du Commerce et de l'Industrie, puis de l'Agriculture.
Le 15 août 1944, il fut enlevé par un commando de trois maquisards communistes dans sa propriété du lieu-dit Madrolles. Entraîné dans un bois voisin, il fut exécuté d'une balle dans la nuque et son corps abandonné dans un fossé. Il était âgé de 56 ans.
Il s'agit sans doute du crime de guerre de la Résistance le plus connu dans l'Indre. Sa stature politique et industrielle faisait de lui une personnalité en vue dans le département, et sa mort fut un grand choc pour la population de l'époque. Plusieurs livres ont été publiés sur son histoire, mais aucun auteur n'a osé dénoncer son exécution sommaire comme un véritable crime de guerre. Albert Chichery n'était pourtant pas un ennemi de la Résistance, bien au contraire. Des résistants blancois ont témoigné de l'aide qu'il leur avait apportée. Mais ce jour-là, des fanatiques avaient décidé de lui faire payer – en dehors de toute légalité – son engagement pétainiste, au mépris de toute mesure et de toute humanité.
Une civile allemande fusillée à Migné le 13 août 1944
Dans son livre Résistance Indre et Vallée du Cher, tome 2, la militante communiste Georgette Guégen-Dreyfus raconte comment son maquisard de mari, le lieutenant Paul, a fait exécuter de sang-froid une interprète allemande pour venger « les crimes allemands à Oradour ».
N'en déplaise à La Nouvelle République, qui, dans un article du 8 octobre 2024, qualifie cet horrible meurtre de simple « fait de guerre », il s'agit bien d'un crime de guerre, comme le stipulait l'article 2 de la Convention de Genève : « Les mesures de représailles à leur égard [les prisonniers] sont interdites. »
Exécutions sommaires à la prison du Craquelin
Lors de la première libération de Châteauroux, un groupe de maquisards s'est précipité à la maison d'arrêt pour abattre deux détenus sans défense. Il s'agissait de Jean Gaubert et Jean Decesse, fusillés dans les chemins de ronde le 21 août 1944. Ils avaient respectivement 30 et 35 ans. Jean Gaubert, ancien membre de la Milice, était le fils aîné d'Ernest Gaubert, directeur pétainiste du journal Le Département.
Le fait qu'il ait appartenu à la Milice à une période donnée ne saurait justifier son lâche assassinat. L'article 61 de la Convention de Genève de 1929, tout comme le Code pénal en vigueur à l'époque, interdisait formellement l'exécution de prisonniers sans jugement équitable. L'assassinat d'opposants politiques n'est pas un fait de guerre, mais un fait criminel.
Kidnappings, tortures et meurtres en Boischaut Nord
Le 11 juin 1944, l'architecte François Gaubert, second fils d'Ernest Gaubert, est enlevé par des maquisards à Launay, sur la commune de La Vernelle. On lui reproche d'être « le fils de M. Gaubert du Département, qui défend les Boches et soutient la collaboration ». Son autopsie révélera plus tard qu'il a été torturé – tibias brisés, dents arrachées – avant d'être exécuté d'une balle dans la nuque, deux jours après son arrestation. Il avait 26 ans. Son corps ne sera retrouvé qu'un mois plus tard, en état de décomposition avancée, au lieu-dit Le Petit Villebaslin à Dun-le-Poëlier, sur la propriété de Théogène Briant, alias Commandant Alex dans la Résistance.
Dans la même fosse, on retrouve également le cadavre du docteur Raymond Louis, de Valençay. Apprécié de tous pour son dévouement et sa bonne humeur, il avait été enlevé le 12 juin 1944 à la pharmacie de Valençay par deux résistants communistes de Varennes-sur-Fouzon. Motif de son arrestation et de son assassinat : il tenait des propos anticommunistes dans les bistrots de la ville.
Assassinat d'un homme et d'une femme à Saint-Maur
Le 12 septembre 1944 au lieu-dit La Lienne, sur la commune de Saint-Maur, est retrouvé le corps criblé de balles d'Antoinette Mayer, une castelroussine de 26 ans. À ses côtés, gît également le cadavre à moitié nu d'un homme non identifié mais décrit par le maire de l'époque comme de « type germanique ». La mention « tué par un projectile ayant pénétré par le front dans la boîte crânienne » laisse peu de doute quant au mode d'exécution qu'il a subit. Il est impossible d'avoir la certitude qu'il s'agissait bien d'un couple. En revanche, il est de notoriété publique que certains résistants fanatiques voyaient d'un très mauvais œil les couples franco-allemands. En effet, la « collaboration horizontale » de certaines femmes françaises pouvait les mener à la mort si les crachats, les coups, les humiliations et la tonte en public de leurs cheveux n'avaient pas suffit à étancher la soif de vengeance de crapules sanguinaires.
Pour un inventaire objectif des années noires
À notre connaissance, les crimes que nous venons de relater n'ont jamais été jugés, et leurs auteurs n'ont jamais été inquiétés. La très opportune loi du 6 août 1953, en ses articles 20 et 21, a amnistié tous les crimes et délits commis par des résistants.
Aujourd'hui, la plupart des protagonistes de cette période trouble ont disparu. Il est temps de sortir du mythe résistancialiste, qui place sur le même piédestal les héros et les bourreaux. Certains ont cherché à confisquer la mémoire à des fins idéologiques et politiciennes, mais la chape de plomb se fissure. C'est à la nouvelle génération d'historiens qu'il revient de faire la lumière là où leurs prédécesseurs se sont tus, par lâcheté ou par complaisance partisane.

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