Créé en 1996, le Syndicat Mixte du Pays Castelroussin Val de l'Indre est le parfait exemple du « machin » administratif qui impacte nos vies sans que le grand public en ait la moindre connaissance. Alors que son budget annuel approche dangereusement du million d’euros, sa pertinence et son utilité pour la collectivité posent question. Il constitue l’un des rouages départementaux de ce que certains appellent l’« État profond ».
Une strate supplémentaire dans le millefeuille administratif
Le Pays Castelroussin Val de l’Indre est un syndicat mixte regroupant Châteauroux Métropole, la communauté de communes Val de l’Indre-Brenne, et le Département de l’Indre. Il s’agit donc d’un syndicat mixte réunissant deux autres syndicats mixtes, avec des prérogatives en matière d’environnement, d’aménagement et de développement du territoire. Seules sont concernées géographiquement les 26 communes de la communauté d’agglomération de Châteauroux Métropole et de la communauté de communes Val de l’Indre-Brenne.
Le Pays Castelroussin Val de l’Indre dispose d’un budget de 911 000 € pour 2025 et emploie six agents territoriaux à temps plein.
Une machine à quémander des subventions
Le Pays Castelroussin Val de l’Indre pilote toute une série de programmes régionaux, nationaux ou européens qui, sous couvert de transition écologique ou de développement économique, ouvrent droit à de juteuses subventions (LEADER, PAEC, PAT, CRTS, etc.). La complexité des mécanismes d’attribution de ces subventions et l’opacité qui les entoure empêchent d’en connaître le montant exact, mais il s’agit de plusieurs millions d’euros chaque année.
Les six fonctionnaires territoriaux du syndicat sont en veille constante pour détecter tout nouveau programme ou « label » ouvrant droit à des financements. Ils préparent et orientent également les dossiers de demande de subvention au profit d’acteurs publics ou privés.
Une mainmise sur le foncier
Le Pays Castelroussin Val de l’Indre définit aussi le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT) de son périmètre. Ce document administratif régit l’occupation des sols sur un ensemble géographique donné. Il est capital en matière d’urbanisme puisqu’il sert de base à l’élaboration des PLU (Plans Locaux d’Urbanisme) des communes.
Concrètement, et sous couvert de « cohérence » bien sûr, c’est le SCOT qui détermine les zones constructibles ou non-constructibles, sans que les conseils municipaux ni les citoyens aient véritablement leur mot à dire. Les SCOT exercent une mainmise réelle sur la politique foncière des communes, souvent au détriment des premiers concernés : les habitants.
Un instrument idéologique et clientéliste
L’activité principale du Pays Castelroussin Val de l’Indre demeure le pilotage de « programmes » permettant l’obtention de nombreuses subventions sonnantes et trébuchantes. À ce titre, son action n’est pas neutre.
Premièrement, les fameux programmes que le syndicat doit mettre en œuvre sur son territoire sont éminemment idéologiques : « cohérence écologique », « réservoirs de biodiversité », « projet agro-environnemental et climatique », « développement durable », etc. À chaque page, une litanie d’éléments de langage écolo-centrés très en vogue, de LFI à la Macronie en passant par EELV, témoigne clairement de l’orientation politique écologiste de gauche de ces programmes.
Deuxièmement, les dossiers de demande de subvention sont si complexes que seuls les fonctionnaires territoriaux du syndicat sont capables de les remplir correctement. Il faut non seulement savoir qu'une subvention existe pour pouvoir la solliciter, mais aussi maîtriser les arcanes techniques pour constituer un dossier recevable. Étant donné que les fonds sont limités, il n’est pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que les « amis » ont davantage de chances d’être financés que « ceux qui ne sont rien », selon l’expression malheureuse de notre peu estimable président.
Une administration peu démocratique
Officiellement, la gouvernance du Pays Castelroussin Val de l’Indre est assurée par les maires et les conseillers départementaux des communes concernées. En réalité, de nombreux éléments montrent que la volonté citoyenne y est très largement diluée, voire inexistante.
Tout d’abord, le taux d’absentéisme des élus est extrêmement élevé. Un exemple : le 5 février 2025, lors de l’approbation du budget, seuls 18 élus sur 37 étaient présents. Ce chiffre illustre le peu d’intérêt qu’ils portent au « Pays ».
Ensuite, comme évoqué plus haut, les missions du syndicat sont très techniques et bureaucratiques. Peu de maires disposent des compétences nécessaires pour appréhender les véritables enjeux des décisions prises. Certains se plaignent de ne pas pouvoir agir en matière d’urbanisme dans leur commune, alors même qu’ils ont voté sans sourciller le SCOT qui les en empêche. Cela prêterait à sourire si les conséquences pour les habitants n’étaient pas aussi lourdes.
L’incompétence manifeste d’une grande partie des membres de l’assemblée délibérante laisse les coudées franches tant au président macroniste Luc Della-Vallé qu’aux agents territoriaux – non élus –, seuls à maîtriser les rouages de cette machine administrative infernale.
Enfin, aucun des maires ou conseillers départementaux siégeant au « Pays » n’a été élu pour cela. Personne ne se présente aux municipales en annonçant ce qu’il votera ou ne votera pas au sein du syndicat mixte. De fait, peu de citoyens connaissent même l’existence de cette structure. Nos édiles n’ont donc pas de véritable mandat populaire pour cette tâche, ce qui soulève un réel problème de démocratie locale.
Le Pays Castelroussin est-il condamné à disparaître ?
Le Pays Castelroussin Val de l’Indre est confronté à deux tendances nationales majeures qui, à court ou moyen terme, pourraient entraîner sa disparition.
D’une part, l’État et les communes vont être contraints de faire des économies. La situation catastrophique des finances publiques et un taux d’imposition déjà extrêmement élevé ne laissent guère de marge de manœuvre. Le réel finira par rattraper nos élus, qui devront couper dans les dépenses, y compris celles destinées à leur clientèle électorale. En 2025, peut-on encore justifier qu’on dépense près d’un million d’euros d’argent public pour remplir des demandes de subventions ? À titre de comparaison, cette somme permettrait de former six dentistes…
D’autre part, une forte aspiration à un renouveau démocratique émerge depuis la crise des Gilets jaunes. Les citoyens veulent être consultés sur les sujets qui les touchent directement dans leur vie quotidienne. La défiance envers le personnel politique, accusé de mensonges répétés, est immense. Beaucoup appellent à une refonte de nos institutions pour plus de clarté et d’efficacité. Une structure bureaucratique opaque, inconnue du grand public, pourra-t-elle survivre au grand bouleversement démocratique qui s’annonce ?

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