La Pérouille : une stèle raciste qui scandalise toujours


« (…) ont été assassinés par les Boches. » La stèle commémorative de Miran sur la commune de La Pérouille a été érigée en 1945 juste après la guerre. L’utilisation du terme « Boches » pour qualifier les meurtriers allemands de sept maquisards en 1944 a toujours été contestée.


« C’est un scandale ! Comment se fait-il que la mairie n’ait jamais effacé cette inscription d’un autre âge ? », tonne Jean-Paul, fils d’un Allemand et d’une Française, habitant la région. « Je croyais que le racisme était un délit en France », ajoute-t-il. La raison de son courroux ? La stèle dite de « Miran » sur la commune de La Pérouille à mi-chemin entre Châteauroux et Saint-Gaultier.

Le 24 juin 1945 était inauguré au chemin de Miran un monument en hommage aux sept maquisards et réfractaires fusillés au même endroit un an auparavant par des soldats allemands. Construit dans l’émotion de l’immédiat après-guerre et à l’initiative d’une amicale d’anciens combattants communistes de Saint-Gaultier, ce monument cristallise les tensions de l’époque. En 1945, la haine de l’ancien occupant était fort répandue et les maquisards communistes n’étaient pas réputés pour faire dans la dentelle. Cela explique certainement cette inscription aujourd’hui incompréhensible : « … ont été assassinés par les Boches. »

La terreur de l’épuration sauvage passée, on ne comprend pas pourquoi les autorités administratives locales n’ont pas fait le nécessaire rectificatif afin de retirer le caractère proprement raciste de cette stèle. Retirer la haine raciale de ce monument n’aurait en rien altéré la mémoire des sept malheureuses victimes, bien au contraire.


La haine des « Boches »

Selon le philosophe suisse Philipp Blum- Keller, « le seul emploi du mot Boche semble en effet révéler une attitude raciste ». Derrière le terme « Boche », qui signifierait selon certains linguistes « tête de bois », il y a l’idée que tous les Allemands sont intrinsèquement bornés et brutaux. Leur supposée brutalité bestiale les sortirait du champ de l’humanité et cela expliquerait tous les crimes dont ils sont accusés. Le « Boche » est ainsi un animal sanguinaire qu’il faut haïr et contre qui tout est permis.


Un racisme très présent dans les rangs de la Résistance

C’est assez paradoxal, mais si les résistants communistes reprochaient aux nationaux-socialistes allemands leur racisme assumé, eux ne se privaient pas d’un racisme anti-allemand débridé. En témoigne le journal départemental des résistants de l’immédiat après-guerre BAZOUKA dont la lecture aujourd’hui est extrêmement instructive pour appréhender l’atmosphère de l’époque. Les appels à la vengeance et à la haine du « Boche » y sont légion. Dans un article du 18 Août 1945 relatant la tragédie de Miran, un certain Lieutenant PETER vomit sa haine de la race allemande : « (…) comme nous tu haïssais le Boche » et exprime son désir de vengeance « il n’existe qu’un seul châtiment, le poteau d’exécution » . Plus encore, le 6 Avril 1946, les rédacteurs du journal vont jusqu’à qualifier de « putain bochophile » (sic) et à menacer de la tondre une pauvre habitante du Poinçonnet qui avait eu le malheur de montrer un peu d’humanité envers des prisonniers de guerre allemands.


La germanophobie, un racisme encore toléré

Force est de constater que la germanophobie reste, même encore aujourd’hui, un racisme toléré dans l’Indre. Sinon comment expliquer que la Mairie de La Pérouille ou que la Préfecture de l’Indre n’aient jamais fait effacer cette formule raciste sur ce lieu de mémoire ? Où sont nos antiracistes professionnels ? Où sont nos ligues de vertu républicaine ? Mais que fait la fameuse Ligue des Droits de l’Homme  de Châteauroux ? Elle, qui habituellement, est si prompte à traîner devant les tribunaux la moindre parole raciste. Que font nos vaillants donneurs de leçons de la Nouvelle République ? Eux, dont l’antiracisme est pourtant l’un des fonds de commerce.

Cependant la palme de l’antiracisme sélectif revient très certainement à la très communisante Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance (ANACR) de l’Indre qui ose défiler chaque année devant cette inscription raciste tout en appelant dans le même temps à  » lutter contre le racisme « . Heureusement pour eux que le ridicule ne tue pas.


Le souvenir de nos morts n’excuse pas le racisme

Oui, certains soldats allemands ont commis des crimes dans l’Indre pendant la guerre. Oui, la fusillade sommaire du 20 juin 1944 au chemin de Miran est un crime de guerre. Pourtant tout cela n’excuse en rien le racisme envers les Allemands. De même qu’il nous est interdit de sombrer dans la haine de tous les Arabes ou de tous les Musulmans après les tueries perpétrées au Bataclan et à Nice, nous ne pouvons pas, non plus, haïr tous les Allemands pour les tueries de 1944. Les crimes commis par certains Allemands pendant la guerre n’impliquent pas que tous les Allemands en soient responsables. Le souvenir de nos morts ne peut être une excuse au racisme, quel qu’il soit. Un lieu de mémoire comme celui de Miran devrait être un appel à la paix pour les générations futures et non un appel à la haine imprescriptible des Allemands.

Si l’antiracisme est vraiment une valeur fondamentale de notre république, n’est-il pas temps de renoncer à tous les racismes ? Même ceux dont on ne parle jamais comme le racisme anti-allemand ?

Commentaires